Saison 2010 et 2011

Das Rheingold
de Richard Wagner
Présenté le 9 Octobre 2010, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre James Levine
Metteur en scène Robert Lepage
Décors Carl Fillion
Costumes François Saint-Aubin
Lumières Étienne Boucher
video Holger Förterer, Boris Firquet
~
Freia Wendy Bryn Harmer
Fricka Stephanie Blythe
Erda Patricia Bardon
Woglinde Erin Morley
Flosshilde Tamara Mumford
Loge Richard Croft
Mime Gerhard A Siegel
Froh Adam Diegel
Donner Dwayne Croft
Wotan Bryn Terfel
Alberich Eric Owens
Fasolt Franz-Josef Selig
Fafner Hans-Peter Konig
Das Rheingold [ ](L'Or du Rhin en français) est un opéra allemand en un acte de Richard Wagner. Il constitue le prologue des trois « festivals scéniques » qui composent avec lui Der Ring des Nibelungen (L'Anneau du Nibelung) .
Scène 1
Au fond du Rhin. Trois ondines, les filles du Rhin, Woglinde Wellgunde et Flosshilde, sont en train de jouer. Alberich, un nain de Nibelheim, apparaît soudain des profondeurs de la terre et essaye de leur faire la cour. Frappées par sa laideur, les Filles du Rhin se moquent de ses avances, ce qui désespère le nain. Il remarque un éclat doré qui provient d'un proche rocher, et leur demande ce que c'est. Les ondines lui disent que c'est l'or du Rhin, que leur père leur a dit de garder ; seul celui qui renonce à l'amour peut forger l'or en un anneau qui donnera à son porteur "Der Welt Erbe", "La richesse du monde". Elles pensent n'avoir rien à craindre de ce nain lubrique, estimant que cet être est en constante recherche de l'amour comme le prouvent ses avances. Mais elles confondent amour et désir sexuel; Alberich, aigri par leurs moqueries, maudit l'amour et s'empare de l'or, jurant de forger "l'anneau vengeur".
Wotan, souverain des dieux germaniques, est endormi au sommet d'une montagne avec Fricka, sa femme. Fricka se réveille et voit un magnifique château derrière eux. Elle réveille Wotan et lui montre que leur nouvelle demeure a été terminée. Les géants ont construit le château pour Wotan. En échange Wotan leur a promis Freia, la déesse de la jeunesse. Fricka est inquiète pour sa sœur, mais Wotan est convaincu qu'ils n'auront pas à donner Freia.
Freia entre, terrifiée, suivie des géants Fasolt et Fafner. Fasolt demande le salaire du travail achevé. Il met en évidence le fait que le règne de Wotan est fondé sur les runes des traités gravés sur sa lance. Wotan doit respecter les traités sans quoi les géants ne reconnaîtront plus son pouvoir. Donner, le dieu du tonnerre, et Froh, le dieu du printemps, arrivent pour défendre leur sœur, mais Wotan les arrête : ils ne peuvent contraindre les géants par la force. Comme l'a bien démontré Fasolt, le pacte qui livre Fréia est inscrit sur sa lance, il a donc force de loi.
Au grand soulagement de Wotan, Loge, le dieu du feu, fait son entrée ; Wotan a placé tous ses espoirs dans le fait que Loge puisse trouver un moyen rusé de tourner à son avantage l'affaire. Loge leur dit qu'Alberich le nain a volé l'or du Rhin et en a fait un puissant anneau magique. Wotan, Fricka et les géants commencent tous à convoiter l'anneau, et Loge sous-entend qu'ils peuvent le voler à Alberich. Fafner le demande comme salaire à la place de Freia. Les géants s'en vont, emmenant avec eux Freia en otage.
Or les pommes d'or de Freia avaient gardé les dieux éternellement jeunes. Privés de ces fruits de jouvence, ils commencent à vieillir et s'affaiblir. Pour regagner la liberté de Freia et la jeunesse perdue Wotan est forcé de suivre Loge sous terre, à la poursuite de l'anneau.
A Nibelheim, Alberich a asservi le reste des nains et contraint son frère Mime - un habile forgeron - à créer un heaume magique : le Tarnhelm. Alberich démontre le pouvoir du Tarnhelm en se rendant invisible, pour mieux tourmenter ses sujets.
Wotan et Loge arrivent et rencontrent Mime, qui leur parle alors de l'anneau d'Alberich et de la misère que connait Nibelheim sous sa domination. Alberich revient, conduisant ses esclaves qui empilent un énorme monticule d'or. Quand ils ont terminé, il les chasse et tourne son attention vers ses deux visiteurs.
C'est alors qu'il se vante de ses plans pour dominer le monde. Loge le piège en lui demandant de prouver la magie du Tarnhelm. Il le défie de se transformer d'abord en dragon, puis en crapaud. Les deux dieux s'emparent alors de lui et l'amènent à la surface.
Au sommet de la montagne, Wotan et Loge forcent Alberich à échanger sa richesse contre sa liberté. Main droite détachée, Alberich porte l'anneau à sa bouche et, utilisant les runes qui y sont gravées, murmure un ordre en secret. A l'appel de l'anneau, les nains asservis remontent le trésor à la surface avant de s'enfuir épouvantés sous la menace d'Alberich humilié. Après que l'or a été livré, Alberich demande qu'on lui rende le Tarnhelm, mais Loge affirme que c'est une partie de sa rançon. Alors qu'Alberich se croit enfin quitte, Wotan exige l'anneau. Alberich refuse et récuse violemment les arguments que Wotan avance pour s'octroyer l'anneau. À court d'arguments, Wotan utilise alors la violence, arrachant l'anneau du doigt d'Alberich pour le mettre au sien. Enfin libre mais anéanti, Alberich maudit l'anneau : celui qui ne l'a pas dépérira de désir et celui qui le possède attirera à lui l'assassin. « Le seigneur de l'anneau sera l'esclave de l'anneau! » prophétise t-il, avant de regagner son ténébreux royaume.
Wotan n'a que mépris pour les paroles d'Alberich. Fricka, Donner et Froh arrivent. Wotan et Loge leur montrent l'or qui va servir à racheter Freia. Fasolt et Fafner reviennent, gardant Freia. Réticent à relâcher Freia, Fasolt déclare qu'il doit y avoir assez d'or pour la cacher à ses yeux. Les dieux entassent l'or devant Freia, mais Fasolt découvre un interstice par lequel il peut voir le regard de la déesse. Il exige que l'interstice soit comblé par l'anneau, qui est tout ce qui reste du trésor. Wotan refuse catégoriquement et les géants se préparent à emmener Freia pour toujours.
Soudainement, Erda, la déesse de la terre, surgit du sol. Elle prévient Wotan du déclin imminent des dieux et l'exhorte à fuir la malédiction en jetant l'anneau. Troublé, Wotan cède l'anneau et libère Freia. Les géants commencent à se partager le trésor, mais ils se disputent au sujet de l'anneau. Fafner tue Fasolt et s'enfuit avec le butin. Wotan, horrifié, prend alors conscience de la force de la malédiction d'Alberich.
Angoissé, Wotan voudrait poursuivre Erda pour en apprendre plus mais Fricka l'incite à prendre possession du château qui attend son maître. Donner invoque un orage pour chasser les nuées qui obscurcissent le ciel. Après la tempête, Froh crée un pont arc-en-ciel qui s'étire jusqu'aux portes du château et qui doit permettre aux dieux, sous la conduite de Wotan, de gagner leur nouvelle demeure. Reprenant courage, Wotan baptise le château « Walhalla ». Fricka le questionne au sujet de ce nom, et il lui répond que sa signification sera révélée plus tard. En aparté, Loge l'affirme: les dieux, si sûrs d'eux-mêmes, courent à leur perte. Il se refuse à partager leur sort et envisage de reprendre la forme des "dansantes flammes", pour, qui sait, tous les consumer un jour... Soudain, une plainte arrive aux oreilles de Wotan. Ce sont les Filles du Rhin qui pleurent l'or perdu. Irrité, Wotan ordonne à Loge de les faire taire, et entraine les dieux, sauf Loge qui reste à part, dans la demeure qu'il a payé d'un salaire maudit. Les dernières paroles, avant la péroraison finale, reviennent toutefois aux Filles du Rhin:
"Traulich und Treu
ist's nur in der Tiefe:
falsch und feig
ist,was dort oben sich freut!"
"dans ces profondeurs seules, on est tendre et fidèle: ce qui rit là-haut est perfide et lâche!"

Présenté le 23 Octobre 2010, À 12H
Distribution
Chef d'orchestre Valery Gergiev / Pavel Smelkov
Metteur en scène Peter Stein
Décors Ferdinand Wögerbauer
Costumes Moidele Bickel
Lumières Duane Schuler
Chorégraphie @cApostolia Tsolaki
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Princess Marina Ekaterina Semenchuk
Dimitri Aleksandrs Antonenko
Shuisky Oleg Balashov
Rangoni Evgeny Nikitin
Boris Godunov René Pape
Pimen Mikhail Petrenko
Varlaam Vladimir Ognovenko
Xenia Jennifer Zetlan
Hostess of the Inn Olga Savova
The Nurse Larisa Shevchenko
Missail Nikolai Gassiev
Nikitich Valerian Ruminski
Mitiukha Mikhail Svetlov
Shchelkalov Alexey Markov
Police Officer Gennadi Bezubenkov
Simpleton Andrei Popov
Boyar Kruschov Dennis Petersen
Lavitsky Andrew Oakden
Prologue
La cour du monastère Novodievitch près de Moscou
Après avoir instigué le meurtre de Dimitri, l'héritier légitime du tsar
pour assurer sa propre accession, Boris Godounov s'est réfugié dans un monastère,
semblant refuser le trône. Il ne s'agit que d'une ruse pour donner l'impression
que c'est en fait le peuple qui l'implore d'accepter. Un officier de police force
la foule à s'agenouiller pour supplier Boris. Ce qu'ils font sans savoir pourquoi.
Finalement Chtchelkazlov, le secrétaire de la Douma, sort du monastère. Il annonce
que Boris continue de refuser le trône, puis retourne à l'intérieur. Le chant d'une
bande de pèlerins se fait entendre au lointain, disant au peuple de défiler au Kremlin
de Moscou le jour suivant en brandissant les icônes sacrées afin d'implorer à nouveau
Boris. La foule et l'officier de police, quelque peu interloqués, répètent les instructions.
Le jour suivant, sur la place du Kremlin
à Moscou
Une procession partant des appartements royaux atteint son point culminant lorsque
le puissant prince Chouïsky fait son apparition en portant la couronne impériale
sur un coussin et s'écriant "Longue vie à toi, tsar Boris Feodorovitch !". Boris
qui a consenti à être couronné se fait acclamer par la foule qui entonne un chant
traditionnel. Les boyards le saluent aussi lorsqu'ils pénètrent dans la cathédrale
de l'Assomption pour le couronnement. Peu de temps, après, Boris, coiffé de la couronne,
apparaît sur les marches de la cathédrale. En proie à une humeur furieusement sujette
à l'introspection, il parle de l'appréhension qu'il ressent à l'égard du futur "J'ai
l'âme triste". Puis avant de se rendre dans la cathédrale de l'Archange pour prier,
il annonce que tout le monde est convié à un festin. La foule recommence à l'acclamer.
Environ cinq années se sont écoulées entre le prologue et le reste de l'opéra
Acte 1
Une cellule du monastère du Tchoudov
La nuit, à la lumière de la lampe, le vieux moine Pinène écrit la dernière
de ses chroniques. Il commente qu'un fois celle-ci terminée, sa tâche sera accomplie.
Un jeune moine, nommé Grigori, est endormi dans la cellule de pinène. Pinène voit
bientôt poindre les premières lueurs de l'aube. Des moines chantent hors scène.
Grigori qui faisait un cauchemar s'éveille soudain et essaye d'expliquer son rêve
à Pinène. Grigori s'irrite des limitations de sa vie de moine. Pinène, au moins,
a été soldat avant de rentrer dans les ordres. Pinène lui dit que la vie mondaine
est vaine. Il se remémore la visite que lui fit l'ancien tsar Ivan le Terrible,
plein de repentir, dans cette cellule. Pinène déclare que le fils d'Ivan, Féodor,
était un pieu souverain, mais que la Russie a maintenant offensé Dieu en acceptant
d'avoir pour souverain un régicide. Grigori lui pose immédiatement des questions
sur le meurtre su prince Dimitri. Pinène se souvient qu'il était dans la ville d'Ouglitch
lors de l'assassinat et que les meurtriers avouèrent ensuite avoir agi sur des instructions
de Boris Godounov. Pinène ajoute que, si Dimitri avait vécu, il serait maintenant
du même age que Grigori et serait tsar. Une cloche sonne pour annoncer les mâtines,
Pinène sort, Grigori qui reste seul pendant un instant profère le nom de l'assassin
"Boris" le menaçant de la vengeance divine.
Une auberge à la frontière lithuano-russe
La tenancière qui est assise à repriser se chante une chanson racontant une histoire
de canard Deux moines errants que l'on entend d'abord dans le lointain entrent :
Varlaam parle le premier, suivi de Missail. Grigori les accompagne, il projette
en secret de traverser la frontière pour rassembler du soutien, car il s'est érigé
en prétendant au trône de Russie. Fortifié par l'arrivée du vin, Varlaam se lance
dans une chanson farouche qui raconte le siège de Kazan, épisode de la guerre victorieuse
que mena Ivan le Terrible contre les Tartares. Varlaam se vexe de ce que Grigori
ne veuille ni boire ni chanter avec lui. Les craintes de Grigori s'éveillent lorsque
l'hôtesse lui apprend que les gardes-frontière sont à la recherche de quelqu'un.
Tandis que Varlaam hésite entre aux abords du sommeil, deux gardes font leur entrée.
Ils ont un mandat d'arrêt contre un dénommé Grichka (Grigori) Otrepiev, mais, comme
ils sont illettrés, ils sont incapables d'en lire le signalement. Ils questionnent
les moines. Grigori dit qu'il sait lire et s'exécute, en ayant soin de modifier
l'age et l'apparence figurant dans le signalement pour les faire correspondre à
Varlaam plutôt qu'à lui. Varlaam qui revient à la réalité s'empare du mandat d'arrêt
pour en faire la lecture. Grigori sort un couteau et s'enfuit en sautant par la
fenêtre.
Acte 2
Une pièce somptueusement meublée du palais impérial à Moscou. Boris a entamé la
sixième année de son règne
Sa fille, la jeune Xenia, pleure la mort de son fiancé. Son petit frère, Féodor,
tente de la consoler. La nourrice à son tour essaye de le réconforter en chantant
une chanson absurde qui raconte une histoire de moucheron. Féodor enchaîne avec
une autre chanson aberrante que la nourrice entonne aussi. Le tsar Boris qui fait
une entrée soudaine rabroue la nourrice pour avoir pris l'air. Boris envoie sa fille
retrouver ses amies. Puis il demande à son fils ce qu'il fait. Au grand plaisir
de son père, Féodor lui montre une carte de Moscovie sur laquelle il lui indique
Moscou et d'autres endroits. Tandis que son fils se retire, Boris donne libre cours
à son anxiété : son règne est marqué d'événements terribles famine, révolte des
boyards qu'il croit être la punition envoyée par Dieu pour venger le meurtre de
Dimitri. Il est dérangé par le bruit que font les femmes à l'extérieur de la pièce
Le boyard de service entre pour annoncer que le prince Chouïsky demande une audience
et ajoute qu'il suspecte le prince de vouloir trahir le tsar. Feodor qui explique
à son père la cause du bruit fait par les nourrices lui dit que c'est le perroquet
qui les a mises en émoi. Boris qui se montre ravi de la manière dont son fils raconte
l'histoire, l'avertit que quand il deviendra tsar il devra se méfier des personnages
comme Chouïsky qui entre d'ailleurs sans tarder. Boris l'accueille en le traitant
d'hypocrite et de scélérat. Chouïsky lui annonce qu'un prétendant s'est fait connaître
et révèle tout en conservant une flatterie mielleuse que ce dernier se fait appeler
Dimitri. Boris qui est profondément troublé congédie Feodor et instruit Chouïsky
de renforcer la frontière lithuanienne. Puis, comme Chouïsky était présent à Ouglitch
au moment du meurtre, Boris lui demande ce qu'il a vu. Chouïsky se jouant de la
crainte et de la culpabilité qui hantent Boris, dit que le visage de l'enfant assassiné
resta miraculeusement intact pendant les cinq jours que durèrent la veillée. Boris
le congédie brusquement. Puis luttant pour retrouver le souffle, il essaie de chasser
le spectre de l'enfant qu'il croit voir devant lui.
Acte 3
Le château de Sandomir en Pologne, le boudoir de la princesse Marina Mnicheck
Ses compagnes vantent la beauté de Marina. Elle les remercie mais explique
que ce ne sont pas de louanges dont elle a besoin, mais d'entendre chanté la grandeur
de la Pologne. Elle ambitionne de gagner l'affection de Dimitri, nom que se donne
désormais l'ancien Grigori, et d'accéder avec lui au trône de Russie. Elle aperçoit
soudain la silhouette de Rangoni, son confesseur jésuite, qui l'incite à prendre
pour mission de convertir la Russie orthodoxe au catholicisme. Il lui dit d'utiliser
sa beauté et ses artifices pour séduire le prétendant, ce qu'elle commence par refuser
de faire. Néanmoins, quand il l'accuse d'être la créature de Satan, elle s'effondre
avec une soumission d'esclave aux pieds de Rangoni.
Le château de Sandomir, un jardin avec
une fontaine au clair de lune
Dimitri sort du château pour se rendre à un rendez-vous de minuit. Il pense retrouver
Marina dont il est amoureux, mais c'est Rangoni qui apparaît. Bien que ce dernier
lui apporte l'assurance de l'amour de Marina, Dimitri se méfie de Rangoni et le
traite de démon. Il veut bien accepter que Rangoni lui serve d'intermédiaire, mais
celui-ci manifeste aussi la volonté de devenir son conseiller spirituel. Rangoni
dit au prince de se cacher tandis que d'autres invités sortent du château. Marina
les accompagne au bras d'un admirateur assez âgé. L'assemblée de Polonais se réjouit
à l'idée de détruire la puissance russe. Dimitri qui s'est débarrassé de Rangoni,
montre de la colère à l'apparente indifférence dont fait preuve Marina à son égard.
Mais elle revient soudain pour l'appeler. Dimitri donne libre cours à l'amour qu'il
a attendu de pouvoir exprimer. Marina reçoit ses déclarations avec froideur. Ce
sont des assurances de gloire, et non d'amour qu'elle veut entendre. Piqué au vif,
il déclare son intention de se battre pour devenir souverain de Russie. Après lui
avoir arraché cette déclaration, Marina l'assure de son amour et s'agenouille devant
lui en l'appelant "Mon Tsar". Alors qu'ils s'expriment leur amour une troisième
voix se fait entendre, celle de Rangoni qui exulte en privé de sa victoire.
Acte 4
Moscou : la place devant la basilique Saint-Basile
Ceux qui ont assisté au service disent aux autres que l'anathème a été
prononcé contre Grichka Otrepiev. On annonce aussi que Dimitri que certains pensent
être le vrai Dimitri que l'on croyait assassiné est en marche pour renverser Boris.
Un groupe de jeunes garçons se moque d'un innocent et lui dérobe une pièce d'un
kopeck. Boris et sa suite sortent de la cathédrale. Quelques femmes et jeunes garçons
demandent l'aumône. L'innocent se plaint à Boris d'avoir été volé et lui demande
que les enfants soient mis à mort comme il l'a fait du jeune prince. Chouïsky ordonne
qu'on arrête l'innocent, mais Boris annule l'ordre et demande à l'innocent de prier
pour son salut. Ce dernier refuse et pleure le sombre destin de la Russie.
Le palais Granovitaya au Kremlin. La
Douma est en session
Chtchelkalov salue les boyards et leur lit une proclamation rédigée par Boris dénonçant
le prétendant et demandant leur soutien. Les boyards prononcent la sentence d'exécution
à l'égard du contrevenant. L'absence de Chouïsky suscite des commentaires de la
part des boyards, mais celui-ci fait alors son entrée, niant toute déloyauté envers
le tsar. Il dit l'avoir aperçu dans une humeur tourmentée, comme s'il tentait de
chasser quelque spectre. C'est en prononçant ces paroles même que Boris entre en
proie à un trouble intense. Il se ressaisit et fait un discours solennel au Conseil,
Chouïsky demande la permission de faire entrer un pèlerin désireux de révéler un
secret. C'est Pinène qui raconte l'histoire d'un vieux berger dont la cécité fut
miraculeusement guérie lorsqu'il alla prier sur la tombe d'Ouglitch, après qu'un
enfant nommé Dimitri le lui ait ordonné en rêve. Boris s'évanouit en entendant le
récit. Se tenant le coeur, il fait appeler son fils et demande le skhima, l'habit
de moine que les tsars revêtent traditionnellement au moment de leur mort. Embrassant
son fils, il lui dit qu'il va mourir et lui conseille de réprimer la sédition sans
pitié, de défendre la justice et de veiller sur sa soeur. Le glas sonne tandisqu'on
entend un choeur chanter dans le lointain. Boris meurt en demandant d'être pardonné.
Une clairière dans la forêt située
près de la ville de Kromy
Une foule de vagabonds hostiles à Boris s'ingénie à bafouer un boyard nommé Krouchtchov,
qu'ils ont ficelé. Ils font avancer une vieille femme pour qu'elle joue le rôle
de sa maîtresse. Puis ils chantent ironiquement en son honneur. Varlaam et Missail
qui viennent de Moscou profèrent la culpabilité de Boris. Bien que la foule soit
prête à faire un chaleureux accueil à Dimitri, deux jésuites qui arrivent en chantant
les louanges de Dimitri en latin ne bénéficient pas de la même chance. Ils subissent
le traitement réservé aux intrus, on les amène pour être pendus. La foule acclame
l'arrivée de Dimitri. Celui-ci entre à cheval et se proclame tsar. Krouchtchov qui
s'est libéré de ses liens prend part aux acclamations en faveur de Dimitri tandis
que les chants latins des jésuites se font entendre hors scène. L'innocent réapparaît,
pleurant à nouveau sur la Russie et le malheur de son peuple affamé.

Don Pasquale
de Gaetano Donizetti
Présenté le 13 Novembre 2010, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre James Levine
Metteur en scène Otto Schenk
Décors, Costumes Rolf Langenfass
Lumières Duane Schuler
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Norina Anna Netrebko
Ernesto Matthew Polenzani
Dr Malatesta Mariusz Kwiecien
Don Pasquale John Del Carlo
Don Pasquale est un opéra bouffe (opera buffa) en trois actes.
L'intrigue se déroule à Rome au début du XIXe siècle.
Une pièce de la maison de Don Pasquale.
Scène 1 : Don Pasquale est un riche célibataire presque septuagénaire « Per un uom sui settanta ». Il enrage de voir que son unique héritier, Ernesto, est épris d'une jeune veuve sans fortune et veut l'épouser au lieu d'accepter le meilleur parti que lui-même lui destinait. Pour le punir, il a décidé de se marier et, en s'assurant d'une descendance, de le priver le benêt de son héritage (introduzione : Son nov'ore). Il a chargé son ami, le Docteur Malatesta, de lui trouver un parti.
Scène 2 : Mais Malatesta est bien décidé à punir son ami de ses folies. Il propose à Don Pasquale d'épouser celle qu'il présente comme sa sœur Sofronia, qu'il décrit comme une personne timide et ingénue, élevée dans un couvent (aria : Bella sicome un' angelo), mais qui n'est autre que Norina, la fiancée d'Ernesto. Don Pasquale est aux anges en entendant ce portrait et, resté seul, se réjouit fort d'annoncer la nouvelle à Ernesto (cavatine : Ah, un foco insolito).
Scène 3 : Ce dernier, en voyant s'évanouir ses espoirs d'héritage, croit d'abord à une mauvaise plaisanterie mais s'effondre bientôt en apprenant que Malatesta est l'artisan de ce plan (duo : Prender moglie ?). Il exprime son chagrin dans l'aria Sogno soave è casto, tandis que son oncle marmonne dans le fond de la pièce.
La chambre de Norina.
Scène 4 : Norina lit un roman (récitatif : Quel guardo il cavaliero ; aria : So anch' io la virtù magica) quand on vient lui apporter une lettre d'Ernesto qui lui annonce que, ne pouvant assurer son avenir, il doit renoncer à leur projet de mariage.
Scène 5 : Le trouble de Norina est de courte durée car entre Malatesta qui vient lui expliquer son stratagème. Le plan fonctionne comme prévu : qu'elle soit rassurée, son mariage avec Ernesto aura lieu comme prévu. Mais le temps presse : impossible de mettre Ernesto au courant : Norina doit jouer auprès de Don Pasquale son rôle de jeune provinciale timide (duo : Pronta io son).
Une pièce de la maison de Don Pasquale.
Scène 1 : Ernesto est extrêmement abattu et décide de s'exiler (Povero Ernesto... Cercherò lontana terra).
Scène 2 : Don Pasquale n'en peut plus d'attendre sa promise.
Scène 3 : Celle-ci arrive enfin, la tête recouverte d'un voile et conduite par Malatesta. Don Pasquale trouve sa fiancée ravissante (trio : Fresca uscita da convento).
Scène 4 : Un faux notaire arrive et dresse le contrat de mariage prévoyant la communauté de biens (quatuor : Fra da una parte). Il ne manque plus qu'un témoin.
Scène 5 : Entre justement Ernesto qui vient saluer son oncle avant de partir. Il reconnaît aussitôt Norina mais Malatesta parvient à lui expliquer le stratagème avant qu'il ne l'évente. À peine le contrat est-il signé que la petite provinciale se révèle une mégère tyrannique qui exige de Don Pasquale qu'il garde son neveu dans sa maison, convoque les domestiques, exige qu'on double leurs appointements et qu'on en embauche d'autres, distribue des ordres et entreprend de tout régenter dans la maison. Don Pasquale est horrifié et furieux (quatuor : Son tradito, son tradito).
Une pièce de la maison de Don Pasquale.
Scène 1 : Les domestiques courent en tous sens pour obéir aux ordres de Norina (chœur : I diamanti, presto, presto) tandis que le coiffeur sort de son appartement. Don Pasquale assiste effaré à ce spectacle et constate que, de tous les privilèges du mari, le seul qui lui reste est celui de payer les factures.
Scène 2 : Norina, parée et couverte de diamants, s'apprête à aller au spectacle. Don Pasquale veut l'en empêcher mais elle lui rit au nez et finit par lui donner une paire de gifles (duo : Signorina, in tanta fretta). Le vieil homme est si désemparé que même Norina a pitié de lui. Elle sort en prenant soin de laisser tomber un billet. Don Pasquale ramasse le billet qui est signé d'Ernesto et fixe à Norina un rendez-vous galant. Au comble du désespoir, il fait appeler Malatesta.
Scène 3 : Les domestiques rient de la situation dans laquelle s'est mis Don Pasquale (chœur : Che interminabile andirivieni !).
Scène 4 : En entrant dans la maison, Malatesta a un bref échange avec Ernesto qui convient de bien jouer son rôle lors du rendez-vous galant de tout à l'heure.
Scène 5 : Malatesta montre à Don Pasquale que l'infidélité de Norina est l'occasion de sortir de sa triste situation et il lui conseille de se rendre au rendez-vous galant (duo : Cheti, cheti), qui est fixé dans le jardin et dont l'heure approche.
Dans le jardin attenant à la maison de Don Pasquale.
Scène 6 : Ernesto chante une sérénade pour Norina (sérénade : Com'è gentil), puis un duo d'amour (duo : Tornami a dir che m'ami).
Scène 7 : Don Pasquale et Malatesta surprennent les deux soupirants. Ernesto parvient à s'enfuir et Norina, avec aplomb, affirme qu'elle était seule. Don Pasquale, excédé, donne à Malatesta carte blanche pour régler l'affaire.
Scène 8 : Malatesta fait venir Ernesto et lui annonce que Don Pasquale autorise son mariage avec Norina et lui assure une rente de 4 000 écus par an. Don Pasquale s'étrangle mais acquiesce en voyant que « Sofronia » proteste énergiquement. Mais il apprend bientôt la véritable identité de celle-ci. Il est si soulagé de retrouver sa tranquillité et sa liberté qu'il renonce à toute résistance et bénit le mariage de son neveu. Norina conclut dans un rondo final (La moral di tutto questo).

Don Carlo
de Giuseppe Verdi
(5 heures)
Présenté le 11 Décembre 2010, À 12:30H
Distribution
Chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin
Metteur en scène Nicholas Hytner
Décors, Costumes Bob Crowley
Lumières Mark Henderson
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Elisabeth de Valois Marina Poplavskaya
Princess Eboli Anna Smirnova
Don Carlo Roberto Alagna
Rodrigo Simon Keenlyside
Philip II Ferruccio Furlanetto
Grand Inquisitor Eric Halfvarson
Frate Alexei Tanovitsky
Cinq thèmes se dégagent très nettement de cet opera : la liberté liée à l'amitié (le marquis, l'infant), l'amour (l'infant, la reine, la princesse, et dans une certaine mesure, le roi), le pouvoir autoritaire (le roi), et religieux (l'Inquisiteur). Le drame naît de ce que tous ces concepts s'opposent violemment les uns aux autres au travers des personnages, qui sont au nombre exceptionnel (pour Verdi) de cinq protagonistes : le roi, la reine, l'Infant, le marquis et la princesse, plus l'Inquisiteur et l'empereur qui jouent des rôles prépondérants à leur façon.
L'action se passe en 1559 dans la forêt de Fontainebleau, durant la négociation de la paix entre la France et l'Espagne : aux termes du traité, l'Infant d'Espagne, Carlos, épousera Élisabeth de Valois, la fille du roi de France, Henri II.
Afin de rencontrer sa fiancée, Carlos est venu incognito en France : au cours d'une chasse organisée par le roi, il croise Élisabeth, accompagnée de son seul page Thibault, alors qu'elle s'est égarée. Sous prétexte de l'aider à retrouver le château, Carlos l'aborde et la conversation s'engage entre eux. Élisabeth lui parle de son prochain mariage et de ses craintes quant au fait d'épouser un homme qu'elle n'a jamais vu. Afin d'apaiser ses inquiétudes, Carlos lui montre alors une miniature représentant l'Infant d'Espagne; à la vue du portrait, Élisabeth reconnait son interlocuteur et un duo passionné réunit les deux futurs époux, duo vite interrompu par l'arrivée de l'ambassadeur d'Espagne en France : ce dernier vient en effet annoncer la décision du roi d'Espagne, Philippe II, qui est veuf, d'épouser lui-même Élisabeth.
Cette nouvelle fait la joie des membres de la suite de l'ambassadeur, mais attriste les deux jeunes gens.
Premier tableau : Dans le cloître du monastère de Yuste en Estrémadure.
Un moine est en train de prier près du tombeau de l'empereur Charles Quint, tandis que d'autres frères psalmodient dans la chapelle.
Carlos, venu rechercher en ces lieux un apaisement à son chagrin, croit reconnaître la voix de Charles Quint, son grand-père, dans celle du moine en train de prier.
Sa méditation est interrompue par l'arrivée de son ami Rodrigue, marquis de Posa : celui-ci rentre des Pays-Bas où il a été témoin des excès de l'occupation espagnole; il adjure l'Infant d'user de son influence auprès du Roi en faveur des Flamands. Carlos, de son côté, lui confesse son amour pour la Reine, sa belle-mère. Rodrigue lui conseille de s'éloigner de la cour et de partir aider les Flamands. Au moment de se séparer, les deux hommes se jurent une amitié éternelle.
Second tableau : Dans les jardins du monastère.
Les dames de la Cour devisent gaiement. La princesse Eboli, aussi belle qu'intrigante, commence à chanter une chanson. Rodrigue profite de cette réunion pour remettre à la Reine une lettre de sa mère (Catherine de Médicis), lettre à laquelle est joint un billet de Carlos. Il supplie ensuite la Reine d'accorder une entrevue à ce dernier. Celui-ci paraît et s'enflamme mais Élisabeth lui rappelle que, désormais, elle est sa mère. Désespéré, Carlos s'en va.
Le Roi arrive, entouré de courtisans; il s'étonne de voir la reine seule, ce qui est tout à fait contraire à l'étiquette : il décide alors de chasser de la cour d'Espagne la dame d'honneur d'Élisabeth, la comtesse d'Aremberg, qui aurait dû tenir compagnie à la Reine. Cette dernière s'efforce alors de consoler l'exilée.
Rodrigue profite de cette entrevue avec le Roi pour plaider la cause des Flamands.
Sensible à la franchise du marquis, le roi se laisse aller à des confidences : soupçonnant une intrigue entre son fils et sa femme, il demande au marquis ne pas les perdre de vue, et lui conseille de se méfier du Grand Inquisiteur.
Premier tableau : De nuit, une fête à l'Escorial. (Ce premier tableau, souvent coupé, est celui de la création de 1867.)
La fête en l'honneur du mariage bat son plein, et Elisabeth, qui ne se sent pas le cœur de rester, demande à Eboli de prendre ses vêtements et de se faire passer pour elle dans le ballet La Péragrina qui va être donné. La princesse espère séduire Carlos et lui déclarer enfin son amour au cours de cette nuit.
Deuxième tableau : De nuit, dans les jardins de la Reine.
Carlos lit une lettre qui lui donne rendez-vous à minuit. Apercevant une femme masquée qu'il croit être la Reine, il se précipite vers elle et déverse des paroles enflammées. Mais il s'aperçoit que c'est la princesse Eboli ; se rendant compte de sa méprise, Carlos ne peut cacher sa déception à la princesse qui jure alors de se venger. Rodrigue tente de la calmer mais en vain. Elle s'en va d'un air menaçant. Le marquis conseille alors à Carlos de lui remettre les papiers compromettants qu'il pourrait avoir en sa possession.
Troisième tableau : Devant la cathédrale de Valladolid.
Le Roi, la Reine, la cour, le clergé et le peuple sont assemblés : des hérétiques condamnés par l'Inquisition vont être brûlés.
Une délégation de députés flamands, avec Carlos à sa tête, interrompt cette exécution : les députés demandent au Roi de bien vouloir écouter leur supplique. Mais Philippe les fait arrêter; Carlos, indigné, tire l'épée contre son père, ce qui lui vaut de se faire arrêter par son ami Rodrigue. Le cortège royal repart, tandis que monte la flamme du bûcher.
Premier tableau : à l'aube, dans le cabinet du roi.
Philippe II est plongé dans la tristesse de ne pas être aimé de sa femme, lorsqu'on annonce l'arrivée du Grand Inquisiteur : le roi l'a fait venir afin de lui demander s'il peut condamner son fils à mort pour s'être rebellé contre lui; le Grand Inquisiteur lui répond par l'affirmative, et, en contrepartie, réclame au roi la vie de Rodrigue, pour ses idées subversives. Mais Philippe refuse.
Arrive la Reine qui demande justice pour le vol d'un écrin. Philippe le lui tend, l'ouvre et oblige la Reine à reconnaitre le portrait de Carlos sur un médaillon et, devant l'accusation d'adultère, Élisabeth perd connaissance.
A l'appel du Roi accourent Rodrigue et la Princesse Eboli.
Tandis que Philippe regrette ses soupçons, la princesse avoue à la Reine avoir volé elle-même l'écrin pour la faire accuser d'adultère. Elle confesse avoir elle-même commis le crime dont elle accusait la Reine, à savoir d'avoir aimé Carlos. Élisabeth lui laisse choisir entre le couvent et l'exil.
Second tableau : en prison.
Rodrigue rend visite à Carlos en prison : il lui avoue qu'il est un homme menacé après que l'on a découvert chez lui les documents compromettants que lui avait remis Carlos. Deux hommes pénètrent alors dans la cellule; l'un a une tenue d'inquisiteur; l'autre tue Rodrigue d'un coup d'arquebuse; en expirant, Rodrigue confie à Carlos qu'Élisabeth l'attend le lendemain au couvent de Yuste.
Le Roi, escorté du Grand Inquisiteur et des princes, arrive pour délivrer son fils, mais celui-ci le repousse; on entend sonner le tocsin et le peuple envahit la prison pour délivrer l'Infant. Mais l'intervention du Grand Inquisiteur décourage le peuple, qui finalement se rallie au Roi.
Dans le couvent de Yuste, Élisabeth est en train de prier devant le tombeau de Charles Quint, lorsque Carlos vient lui annoncer son départ pour les Flandres. Ils se disent adieu, au moment où arrive le Roi, accompagné du Grand Inquisiteur : celui-ci veut faire arrêter l'Infant qu'il soupçonne de vouloir soutenir les Flamands. Don Carlo se défend.
À ce moment, un moine arrive : il porte la couronne royale et entraîne Carlos dans les profondeurs du cloître; le Roi et tous ceux présents sont frappés de stupeur en ayant cru reconnaître l'empereur défunt.

La Fanciulla del West
de Giacomo Puccini
(3 heures 50 minutes)
Présenté le 8 Janvier 2011, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre Nicola Luisotti
Metteur en scène Giancarlo Del Monaco
Décors, Costumes Michael Scott
Lumières Gil Wechsler
~
Minnie Deborah Voigt
Dick Johnson Marcello Giordani
Jack Rance Juha Uusitalo
Wowkle Ginger Costa-Jackson
Sid Trevor Scheunemann
Sonora Dwayne Croft
Jake Wallace Oren Gradus
La fanciulla del West, en français La Fille du Far-West, est un opéra en trois actes de Giacomo Puccini composé sur un livret de Carlo Zangarini (1874-1943) et Guelfo Civinini (1873-1954) d'après le drame de David Belasco (1853-1931), The Girl of the Golden West.
L'action se situe dans un camp de mineurs au pied des Cloudy Moutains, en Californie, à l'époque de la ruée vers l'or de 1849-1850.

Présenté le
26 Février 2011, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre Patrick Summers
Metteur en scène Stephen Wadsworth
Décors Thomas Lynch
Costumes Martin Pakledinaz
Lumières Neil Peter Jampolis
~
Iphigénie Susan Graham
Oreste Plácido Domingo
Pylade Paul Groves
Thoas Gordon Hawkins
Diane Julie Boulianne
1. Priestess/A Greek woman Lei Xu
A Minister/A Scythian David Won
La scène représente un bois sacré : au fond, le temple de Diane ; dans le lointain, la mer farouche.
La symphonie allegro moderato qui ouvre la partition met immédiatement le spectateur de plain-pied avec l'opéra, conformément aux conceptions de Gluck : quelques mesures solennelles piano, censées décrire une « tempête au loin », créent une atmosphère de gravité qui donne d'emblée le ton de l'ouvrage ; puis les altos et les basses, les hautbois entrent en scène pour montrer l'orage qui se rapproche et qui éclate enfin fortissimo au tutti (moins les petites flûtes) avant de redoubler de violence. Au milieu des rafales de la tempête s'élève le chant des prêtresses de Diane qui entonnent le chœur « Grands dieux soyez nous secourables ! »
Puis l'orage s'apaise brusquement tandis qu'Iphigénie entame le récitatif : « Le calme reparaît, mais au fond de mon cœur, Hélas ! l'orage habite encore. » L'agitation de l'orchestre figure cette agitation intérieure, selon un procédé très expressif qui sera repris au deuxième acte avec le récitatif d'Oreste : « Le calme rentre dans mon cœur ». Iphigénie évoque ensuite le cauchemar qu'elle a fait pendant la nuit (« Cette nuit j'ai revu le palais de mon père... ») : elle a vu son frère Oreste assassiner sa mère Clytemnestre, meurtrière de son père Agamemnon. Iphigénie chante alors une magnifique aria : « Ô toi qui prolongeas mes jours... », l'un des sommets de la partition, reprise par le chœur des prêtresses.
Paraît le roi des Scythes, Thoas, qui chante l'air célèbre et souvent imité : « De noirs pressentiments, mon âme intimidée... », dans lequel il explique que, depuis qu'un oracle lui a prédit qu'il serait tué par un étranger, toute personne abordant en Tauride doit être mise à mort. C'est en fait une déclamation sur une seule note, mais qui produit un effet extraordinaire, évoquant parfaitement la folie obsessionnelle du personnage. Les Scythes exécutent alors un chœur accompagné d'une danse barbare (« Il nous fallait du sang pour expier nos crimes... »), dont la couleur sombre et sauvage est superbement rendue par un rythme saccadé et une puissante orchestration avec cymbales, tambourins, triangle et petites flûtes.
On amène deux étrangers que la tempête a jetés sur le rivage (il s'agit d'Oreste et de Pylade). Ils refusent de répondre aux questions de Thoas qui les condamne à mort. L'acte se conclut sur la reprise de la danse des Scythes.
Dans un appartement intérieur du temple destiné aux victimes
Oreste et Pylade sont enchaînés en attendant d'être mis à mort. Ils dialoguent dans un sombre récitatif, souligné par les hautbois et les bassons. Dans un air énergique, Oreste supplie les dieux de le tuer (« Dieux qui me poursuivez, dieux, auteurs de mes crimes... »).
Pylade proteste dans un splendide récitatif et aria da capo : « Quel langage accablant pour un ami qui t'aime... Unis dès la plus tendre enfance... ». C'est un morceau d'une très grande noblesse de sentiments et d'expression, l'un des plus beaux airs de Gluck, admirablement souligné au basson.
On sépare les deux amis et Oreste, après avoir supplié les dieux de l'écraser, s'apaise et chante l'aria : « Le calme rentre dans mon cœur » ; mais l'agitation de l'orchestre, sur un rythme syncopé, dément les paroles et souligne son trouble. Accablé, il s'endort. Surgissent alors les Euménides qui l'entourent et dansent autour de lui un ballet-pantomime terrifiant. A cinq reprises, elles répétent : « Il a tué sa mère », dans la lugubre tonalité de ré mineur. C'est une scène d'une très grande force dramatique, l'une des plus terrifiantes de Gluck.
Iphigénie entre, et Oreste, halluciné, la prend pour Clytemnestre. Ici, Guillard, à la demande expresse de Gluck, a supprimé la césure qui, dans la pièce de Guimond de La Touche, sépare la scène des Euménides à la fin de l'acte II et cette fausse reconnaissance au début de l'acte III : c'est ce qui explique que l'opéra, fait très inhabituel, ne compte que quatre actes. Le rapprochement des deux scènes produit un effet d'une immense intensité dramatique.
En réponse aux questions d'Iphigénie, Oreste rapporte l'épouvantable histoire des Atrides. Terrifiée, Iphigénie chante une grande aria da capo : « Ô malheureuse Iphigénie ! » dans laquelle elle pleure la perte de toute sa famille. Cet air est considéré comme le plus beau de tout l'opéra et l'un des chefs d'œuvre de Gluck.
Au lieu de terminer l'acte sur ce sommet musical, Gluck introduit la reprise d'un chœur de son Iphigénie en Aulide, « Que de grâce, que d'attraits ». Mais autant cet air est gai et entraînant dans la première Iphigénie autant dans la seconde, oscillant du majeur au mineur, il devient grave et solennel. La question de savoir s'il s'agit d'une simple facilité ou bien d'un véritable rappel de thème est ouverte.
L'appartement d'Iphigénie
Musicalement, l'acte III est le moins intéressant de la partition. Il commence par un air d'Iphigénie (« D'une image, hélas ! trop chérie »), introduisant la scène dans laquelle elle s'entretient avec Oreste et Pylade et déclare qu'elle peut sauver l'un des deux. Les deux amis se disputent alors pour savoir lequel des deux va mourir pour sauver l'autre. En définitive, c'est Pylade qui doit partir, muni d'un message qu'Iphigénie destine à sa sœur Électre. Mais il décide de rester pour sauver Oreste : l'acte se conclut sur l'air par lequel il implore les dieux de lui porter assistance (« Divinité des grandes âmes »). L'enthousiasme qui le transporte laisse pressentir le dénouement heureux de la pièce.
L'intérieur du temple de Diane
Au moment de sacrifier Oreste, Iphigénie est prise entre son devoir et la répugnance qu'il lui inspire. Elle chante un air « Je t'implore et je tremble, ô déesse implacable ! » puis les prêtresses de Diane entonnent le chœur « Chaste fille de Latone », repris de Philémon et Baucis et dont la musique accompagne désormais un cantique dans la liturgie anglicane.
Au moment où elle va sacrifier Oreste, celui-ci dit : « Ainsi tu péris en Aulide, Iphigénie, ô ma sœur ! ». Simplement parlée à la faveur d'une interruption de la musique, cette phrase produit un grand effet dramatique avec une extrême économie de moyens. Iphigénie tombe dans les bras de son frère et chante sa joie.
Thoas, qui a eu vent de la fuite de Pylade, arrive pour s'assurer de l'exécution du sacrifice. Les prêtresses de Diane défendent Oreste. Pylade arrive à la tête d'une troupe de Grecs, met à mort Thoas et combat avec les Scythes. Diane apparaît qui pardonne à Oreste le meurtre de sa mère, l'invite à retourner à Mycènes pour y succéder à Agamemnon et enjoint aux Scythes de rendre aux Grecs sa statue, objet initial du voyage d'Oreste et Pylade. L'opéra se termine sur un chœur de liesse accompagné de trompettes et de timbales : « Les dieux, longtemps en courroux, ont accompli les oracles... ».

Lucia di Lammermoor
de Gaetano Donizetti
Présenté le 19 Mars 2011, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre Patrick Summers
Metteur en scène Mary Zimmerman
Décors Daniel Ostling
Costumes Mara Blumenfeld
Lumières T J Gerckens
Chorégraphie Daniel Pelzig
~
Lucia Natalie Dessay
Edgardo Joseph Calleja
Enrico Ludovic Tézier
Raimondo Kwangchul Youn
Alisa Theodora Hanslowe
Normanno Philip Webb
L'action se déroule dans l'Écosse de la fin du XVIe siècle. Les familles luttent entre elles, tandis que les guerres entre catholiques et protestants font rage. Les Ashton - depuis longtemps les grands rivaux des Ravenswood - ont pris possession du château de ces derniers, situé près de Lammermoor...
Les jardins du château des Ashton
Brève et sombre ouverture. Enrico Ashton se désespère sur le sort de sa famille auprès du chapelain Raimondo. Il déclare que seul le mariage arrangé de sa sœur pourrait les sauver, mais que Lucia s'oppose à cette idée. Normanno, le veneur d'Enrico, annonce que son refus est dû au fait qu'elle aime Edgardo de Ravenswood, l'ennemi juré d'Enrico. Ce dernier jure de mettre fin aux relations entre sa sœur et son amant.
Près d'un puits dans le parc du château
Lucia attend l'arrivée d'Edgardo en compagnie de son amie Alisa. Lucia confie à cette dernière qu'elle a récemment vu en rêve le spectre d'une jeune femme assassinée par son amant - un Ravenswood - dont le corps serait encore dans le puits. Alisa lui conseille alors d'oublier Edgardo, mais Lucia se moque de cet avertissement. Arrive Edgardo qui annonce à Lucia qu'avant son départ pour la France, il compte demander sa main à son frère. Mais celle-ci l'en dissuade, redoutant une réaction violente de la part d'Enrico. Edgardo, furieux, lui remémore son serment de vengeance contre la famille de Lucia responsable de la mort de son père. Lucia parvient à le calmer et Edgardo part après avoir échangé des preuves d'amour (un anneau) avec sa fiancée.
Les appartements d'Enrico
Des mois ont passé sans qu'Edgardo ne donne de ses nouvelles. C'est en fait Enrico qui a donné l'ordre d'intercepter toutes ses lettres. Il a également arrangé un mariage entre sa sœur et Arturo Bucklaw. Les invités et Arturo arrivent au château lorsque Lucia entre, pâle. Elle reproche à son frère son manque d'humanité et lui rappelle qu'Edgardo lui a demandé sa main. Enrico lui montre alors une fausse lettre censée prouver l'infidélité de l'absent. Finalement, Raimondo arrive à convaincre Lucia d'épouser Arturo en invoquant la mémoire de sa mère. Face au chantage du chapelain, elle accepte, mais est bien décidée à se donner la mort une fois le mariage consacré.
Une salle décorée pour accueillir Arturo
Arturo est accueilli par un chœur. Enrico le prépare à la réaction de sa sœur. Cette dernière arrive et, indifférente, signe le contrat de mariage. Edgardo survient, réclamant sa fiancée. S'ensuit un sextuor avec chœur décrivant la tournure particulière des événements. Enrico, Arturo et Edgardo s'apprêtent à se battre lorsque Raimondo montre le contrat de mariage signé de la main de Lucia. Edgardo reprend l'anneau de sa fiancée et s'enfuit en la maudissant. Ce sextuor est l'un des passages dramatiques les plus remarquables de toute l'histoire de l'opéra.
Une salle de la tour de Wolferag
Enrico provoque Edgardo en duel, espérant régler ainsi le différend entre leurs ancêtres respectifs.
Salle de réception du IIe acte
Alors que se déroulent les festivités du mariage, Raimondo annonce aux invités que Lucia a tué Arturo dans un accès de folie. Cette dernière arrive, ses vêtements tachés de sang. Dans la célèbre « scène de folie » (Il dolce suono), elle rêve son avenir, unie avec Edgardo, tandis que le puits du premier acte devient l'autel de leur mariage. Enrico arrive. Lucia, qui a désormais perdu la raison, le prend pour Edgardo et implore son pardon. Elle le prie de veiller sur sa tombe. On l'emporte, mourante.
Cette scène de la folie est l'occasion pour une soprano « coloratura » de déployer sa virtuosité et sa technique dans une scène complète avec récitatifs et solos brillants, incorporés dans la partition.
Les tombes des Ravenswood
Edgardo se prépare au duel, attendant la mort libératrice, ignorant le sort tragique de son ancienne fiancée. Il apprend qu'elle va bientôt mourir, répétant sans cesse le nom d'Edgardo. En entendant sonner le glas, il comprend que Lucia est décédée. Il se poignarde alors et meurt

Le Comte Ory
de Gioachino Rossini
Présenté le 9 Avril 2011, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre Maurizio Benini
Metteur en scène Bartlett Sher
Décors Michael Yeargan
Costumes Catherine Zuber
Lumières Brian MacDevitt
~
Countess Adèle Diana Damrau
Isolier Joyce DiDonato
Ragonde Susanne Resmark
Alice Ashley Emerson
Count Ory Juan Diego Flórez
Raimbaud Stéphane Degout
The Tutor Michele Pertusi
Le Comte Ory est l'avant-dernier opéra composé par Gioacchino Rossini sur un livret en français d'Eugène Scribe et de Delestre-Poirson.
Sur un ton léger et tonique, Rossini entraîne les spectateurs sur la piste des frasques médiévales du terrible Comte, au fil des deux actes de cet opéra qui lie sans cesse la farce au lyrique. Proposé au départ en un seul acte par les deux librettistes, sur la base d'une histoire médiévale de chevaliers séducteurs de nonnnes retranscrite par Pierre-Antoine de La Place, Rossini réclame et obtient un second acte.
La scène se déroule aux alentours de l'an 1200, devant puis dans le château de Formoutiers.
Acte I. A Formoutiers, les hommes sont partis guerroyer en Terre Sainte. Raimbaud rallie la communauté demeurée dans les lieux et la prépare pour l'arrivée d'un ermite Ory, dont les ambitions réelles ciblent surtout le coeur de la châtelaine, Adèle de Formoutiers dont il est épris. La suivante d'Adèle, Dame Ragonde explique que sa maîtresse se languit depuis le départ des hommes, et souhaite solliciter les conseils et la piété de l'ermite Ory. Simultanément, le page du Comte, Isolier également épris de la belle Comtesse échaffaude un plan pour pénétrer dans le castel. Le trio Adèle/Ory en faux ermite/Isolier souligne à mots couverts les joies de l'amour: mais alors qu'il allait pénétrer seul dans le château avec la belle Adèle, l'ermite est démasqué et chacun reconnaît le Comte Ory soi même. Scandale. Dame Ragonde paraît et annonce le retour dans les deux jours des croisés. Ory guère échaudé, prépare un nouvel assaut.
Acte II.
La nuit venue, une tempête inquiète Adèle et sa suivante demeurées à l'abri. Elles décident d'accueillir les pauvres pèlerins saisis par le déchaînement des éléments. Or parmi eux se trouvent une foule ambiguë, de nonnesses excitées et de moines paillards, mais aussi Ory et son équipée prêts à rejoindre la Comtesse. Isolier, le beau page, prévient Adèle du retour dans la nuit des croisés, mais aussi de ce que les faux pélèrins, dissimulent parmi eux, Ory décidé à l'enlever. Le page lui offre son épée pour la protéger. A la faveur de la nuit, Ory croit courtiser la Comtesse mais il s'agit de son page déguisé. Les Croisés paraissent et l'inconvenant récidiviste est contraint de fuir honteusement tandis qu'une foule en liesse, acclame le retour des soldats de Dieu. Après le désordre, et l'imminence d'une catastrophe, la paix des coeurs est rétablie.... pour combien de temps?

Capriccio de Richard Strauss
Présenté le 23 Avril 2011, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre Andrew Davis
Metteur en scène John Cox
Décors Mauro Pagano
Costumes Robert Perdziola
Lumières Duane Schuler
~
Countess Renée Fleming
Clairon Sarah Connolly
Flamand Joseph Kaiser
Olivier Russell Braun
The Count Morten Frank Larsen
La Roche Peter Rose
Italian Soprano Olga Makarina
Italian Tenor Barry Banks
The Major-Domo Michael Devlin
Dernier opéra de Strauss, Capriccio repose sur une question qui, de tout temps, a hanté l'histoire de l'art lyrique : lequel, de la parole ou de la musique, doit prédominer dans l'œuvre ? L'argument est amoureux : des deux rivaux, librettiste et compositeur, lequel choisira la belle Madeleine ? Avec cette habile mise en abîme de l'opéra, Strauss offre une œuvre d'un immense raffinement, alliant humour et ironie au sérieux et à la gravité : une parfaite synthèse des meilleures compositions de sa carrière.
Quels sont les personnages mis en scène dans cet opéra ? Un comte et une comtesse, à la fois acteurs et mécènes éclairés, un musicien, un poète, un directeur de théâtre et une actrice. Tout ce petit monde discute très sérieusement de problèmes dramatiques et esthétiques
Capriccio ne comporte qu'un seul acte, divisé en scènes.
Décor : un château de la région parisienne ; époque : le 18ème siècle.
On s'apprête à fêter l'anniversaire de la Comtesse Madeleine, jeune veuve qui vit avec son frère, le Comte. Pour cette occasion, Flamand a composé une petite pièce musicale qu'il écoute avec Olivier, auteur dramatique. Le directeur de théâtre, La Roche, s'est endormi d'ennui dans son fauteuil. Olivier et Flamand discutent entre eux et la Roche se réveille lorsque les deux jeunes gens se plaignent du fait que le sort des compositeurs soit entre les mains de tels hommes. La Roche croit au « spectacle » (décors somptueux, notes difficiles, danseurs, etc.) et considère l'opéra italien comme son idéal. D'après lui, même les créateurs intellectuels les plus exigeants ont leur faible : la preuve, Olivier lui-même n'est pas resté insensible au charme de la Clairon, célèbre actrice admirée du Comte et qui doit arriver sous peu au château afin de jouer dans la pièce d'Olivier.
Le Comte penche nettement pour la poésie (son faible pour Clairon en est peut-être à l'origine) tandis que la Comtesse Madeleine, elle, semble donner la préséance à la musique, mais sans que ce soit aux dépens des paroles. Le Comte a bien remarqué le penchant de sa sœur pour les deux artistes mais se demande lequel elle choisira.
La Roche annonce que tout est prêt pour la répétition du spectacle d'anniversaire. Les discussions cessent avec l'entrée de Clairon. L'actrice et le Comte lisent leur scène dans laquelle ce dernier déclame un sonnet (traduction d'un sonnet de Ronsard). On le félicite de sa prestation (malgré quelques ratés) et la Roche entraîne Clairon et le Comte vers le théâtre où doit avoir lieu la représentation, laissant Olivier et Flamand seuls avec la Comtesse Madeleine.
Olivier critique la lecture du sonnet par le Comte et le lit lui-même à la Comtesse. Flamand improvise un moment au clavecin puis quitte la pièce avec le manuscrit d'Olivier. Celui-ci déclare sa flamme à la Comtesse avec délicatesse. Retour de Flamand qui chante le sonnet qu'il vient juste de mettre en musique. Les deux artistes se querellent pour savoir qui est l'auteur de l'œuvre, mais la Comtesse met un terme à la discussion en déclarant que désormais, ce sonnet lui appartient. La Roche vient chercher Olivier pour la répétition et c'est au tour de Flamand de déclarer son amour à la Comtesse. Il presse Madeleine de choisir entre Olivier et lui et elle promet une réponse pour le lendemain à onze heures.
Le bruit de la répétition s'amplifie (le souffleur s'est endormi). La comtesse commande des rafraîchissements. Le Comte et elle bavardent un instant sur leurs affaires de cœur ; elle lui conseille de prendre garde à son penchant pour Clairon et avoue, pour sa part, ne pas savoir choisir entre le musicien et le poète. Elle commence à se demander si un opéra ne sera pas finalement le résultat de l'intérêt que tous deux lui portent.
La roche fait venir un danseur ; pendant ce temps, Olivier fait en vain des avances à Clairon. A la fin, petite discussion entre le Comte et Flamand au sujet de la danse qui débouche sur la conversation centrale : d'abord les paroles, ou d'abord la musique ? Le Comte, Clairon et Olivier sont contre l'opéra alors que La Roche adore le bel canto et en profite pour introduire deux chanteurs italiens qui interprètent un duo dans le style italien.
Alors que le Comte propose à Clairon de la raccompagner à Paris, La Roche annonce quelle sera la forme définitive du spectacle proposé pour fêter l'anniversaire de la Comtesse : une première partie consacrée à une allégorie : « La naissance de Pallas Athénée » ce qui provoque critiques et contestations de la part de tout le monde. (Première partie du grand octuor.) La Comtesse essaie d'arranger les choses en demandant à la Roche le contenu de la seconde partie : Elle sera, dit La Roche, héroïque et dramatique : « La chute de Carthage ». A peine a-t-il commencé à décrire ce que sera cette partie qu'Olivier et Flamand l'attaquent (Seconde partie de l'octuor.) La Roche défend son programme : les vers d'Olivier sont parfaits quand Clairon les dit ; la musique de Flamand est parfaite pour le salon mais pour le théâtre, il faut quelque chose de plus grand. Son avis est net : il est le serviteur de l'Art du Théâtre. Le drame doit montrer l'être humain sous toutes ses facettes et aborder toutes les situations et toutes les époques. Il achève son discours en se proclamant l'ami de la comédie, l'ange gardien des artistes et le patron de l'art sérieux.
On acclame sa déclaration ; la comtesse demande à Olivier et Flamand de collaborer et son frère réalise, atterré, qu'elle vient de commander un opéra. Tous discutent du sujet. Finalement, on adopte l'idée du comte : le sujet de l'opéra sera les événements de ce jour comme tous les ont vécus. Tous sortent.
Le salon est envahi par les domestiques qui commentent les péripéties du jour (pastiche de la longue conversation précédente). M. Taupe, le souffleur, se réveille et se demande comment il va renter chez lui puisque tout le monde est parti. Le Majordome se propose de l'aider, parce que sans le souffleur, le théâtre ne fonctionnerait pas du tout.
Dans le salon éclairé par la lune, la comtesse Madeleine entre, seule. Le majordome lui transmet un message : son frère est parti raccompagner Clairon et ne dînera pas à la maison ; Olivier viendra lui demander demain à onze heures comment l'opéra doit se terminer. La Comtesse réalise que c'est exactement l'heure à laquelle elle a rendez-vous dans la bibliothèque avec Flamand ! Tout est en place pour la grande, la magnifique scène finale, sublime monologue de la Comtesse Madeleine dans laquelle Strauss montre nettement sa position quant à la question centrale de l'œuvre, parole ou musique ? Peu à peu, la Comtesse comprend que les deux hommes sont indissociablement liés de par leur collaboration à l'opéra. Elle chante quelques vers du sonnet, se contemple dans le miroir, apostrophe son reflet, et réalise qu'elle est incapable de faire le choix qui apporterait une fin à l'opéra. D'ailleurs, « en est-il une qui ne soit pas triviale ? » se demande-t-elle.
Le majordome entre et lui annonce que le dîner est servi. Elle sort, après un dernier regard au miroir.

Il Trovatore
de Giuseppe Verdi
Présenté le 30 Avril 2011, À 13H
Distribution
Chef d'orchestre Marco Armiliato
Metteur en scène David McVicar
Décors Charles Edwards
Costumes Brigitte Reiffenstuel
Lumières Jennifer Tipton
Chorégraphie Leah Hausman
~
Leonora Sondra Radvanovsky
Azucena Dolora Zajick
Manrico Marcelo Alvarez
Count di Luna Dmitri Hvorostovsky
Ferrando Stefan Kocan
Il trovatore (en français : Le Trouvère) est un opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi, sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare, d'après le drame espagnol d'Antonio García Gutiérrez. Il fut créé au Teatro Apollo, à Rome, le 19 janvier 1853, et représenté à Paris, dans sa version italienne, le 23 décembre 1854, au Théâtre-Italien.
Verdi remania l'œuvre en 1856 pour l'adapter à la forme du « grand opéra », exigée alors par l'Opéra de Paris où elle fut représentée, le 12 janvier 1857, sous le titre français Le Trouvère et sur le livret traduit en français par Émilien Pacini.
L'action se situe au nord de l'Espagne, en partie en Biscaye et en partie dans l'Aragon du XVe siècle.
Avant le lever du rideau, Ferrando, capitaine de la garde, narre au spectateur le contexte dans lequel l'opéra va se dérouler : le père du comte de Luna a eu deux fils d'un âge proche. Une nuit, on découvrit une gitane près du berceau du plus jeune des deux frères. On la chassa, mais l'enfant tomba malade peu après et on pensa qu'elle lui avait jeté un sort. Elle fut retrouvée et condamnée au bûcher.
La fille de la gitane, Azucena, décidée à venger sa mère, s'introduisit dans le château et s'empara du jeune enfant dans l'intention de le jeter lui aussi au bûcher. Mais elle fut prise d'un accès de folie et jeta au bûcher son propre enfant à la place de l'héritier. Elle éleva alors l'enfant de Luna comme son propre fils. Il prit le nom de Manrico.
Au début de l'opéra, Manrico est devenu adulte et trouvère, et Azucena est toujours décidée à exercer sa vengeance contre le comte de Luna à travers Manrico.
Le palais d'Aliaferia en Aragon. Le comte de Luna, amoureux éconduit de la duchesse Leonora, ordonne à ses hommes de saisir un troubadour qui chante sous les fenêtres de sa bien-aimée.
Dans les jardins du palais, Leonora confie à Iñez son amour pour un vaillant chevalier vainqueur d'un tournoi. Elle sait que celui-ci partage son amour, car elle a entendu son trouvère chanter une sérénade sous ses fenêtres.
Alerté par le chant du trouvère qu'il entend au loin, le comte de Luna sort du palais pour livrer un duel avec lui. Leonora l'entend aussi, et se précipite au dehors. Elle tombe sur les deux hommes qui déjà ont commencé à croiser le fer. Leonora s'évanouit.
Dans le camp des gitans, Azucena et Manrico sont assis autour du feu. Elle raconte avec passion ses souvenirs et ses haines, et comment sa mère a été tuée. « Venge-moi » dit-elle à Manrico, qui se demande s'il est bien son fils. Elle le rassure et lui jure son amour de mère.
Elle rappelle à son fils comment, engagé dans une bataille contre les troupes d'Aragon, il a épargné la vie du comte de Luna, qu'il tenait pourtant entre ses mains. Il lui répond avoir entendu une voix venue du ciel, le suppliant d'épargner la vie du comte. Un messager vient annoncer à Manrico que Leonora, le croyant mort, s'est cloîtrée dans un couvent.
Dans le couvent, le comte et ses hommes viennent enlever Leonora avant qu'elle prononce ses vœux. Il lui chante son amour pour elle (Il balen del suo sorriso). Manrico et ses hommes, venus sauver Leonora, apparaissent alors dans le couvent, et s'opposent aux hommes du comte.
Manrico est parvenu à mettre Leonora en lieu sûr dans son camp de Castellor. Le comte de Luna et ses hommes font le siège du camp. Ils capturent une bohémienne qui rôdait alentour. C'est Azucena. Ferrando reconnaît la femme qui avait autrefois jeté le deuxième fils de Luna dans le bûcher. Pour se défendre, elle appelle au secours Manrico, en criant qu'il est son fils. Le comte la condamne au bûcher.
Dans la forteresse de Castellor, Manrico et Leonora se préparent à être unis par le mariage. Au moment où leur union va être conclue, un messager arrive et annonce la capture d'Azucena et sa condamnation au bûcher. Manrico réunit ses hommes et se précipite hors de la forteresse.
Manrico échoue dans sa tentative de sauver sa mère. Il est capturé lui aussi, et la mère et le fils sont retenus prisonniers dans le donjon du palais d'Aliaferia. Leonora, revenue au palais, échafaude un plan désespéré pour sauver Manrico. Elle propose au comte de Luna de l'épouser à condition qu'il rende sa liberté à Manrico. Le comte accepte son marché. Mais il ne sait pas que sa bague contient un poison qu'elle est décidée à absorber dès que son amant sera libéré. Ainsi elle échappera à cette union qu'elle refuse.
En se rendant au donjon où sont emprisonnés Manrico et Azucena, Leonora absorbe son poison. Elle pénètre dans la cellule et presse Manrico de partir. Mais il comprend que celle-ci a payé sa liberté au prix fort, quand il voit le poison produire ses premiers effets. Le comte arrive et trouve Leonora morte dans les bras de Manrico. Il ordonne que Manrico soit condamné à mort, et oblige Azucena à assister à l'exécution. Une fois le travail du bourreau achevé, elle avoue au comte que Manrico était son propre frère en s'écriant « Tu es vengée, ô ma mère ! »

Die Walküre de Richard Wagner
Présenté le 14 Mai 2011, À 12H
Distribution
Chef d'orchestre James Levine
Metteur en scène Robert Lepage
Décors Carl Fillion
Costumes François Saint-Aubin
Lumières Étienne Boucher
video Holger Förterer, Boris Firquet
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Brünnhilde Deborah Voigt
Sieglinde Eva-Maria Westbroek
Fricka Stephanie Blythe
Siegmund Jonas Kaufmann
Wotan Bryn Terfel
Hunding Hans-Peter Konig
Die Walküre (La Walkyrie en français) est le deuxième des quatre drames lyriques qui constituent Der Ring des Nibelungen (L'Anneau du Nibelung) de Richard Wagner. C'est dans cet opéra que se trouve la célèbre Chevauchée des Walkyries (prélude de l'acte III, scène 1).
Siegmund, épuisé, se réfugie dans la demeure du guerrier Hunding, qui n'est pas là mais dont l'épouse Sieglinde lui offre de l'hydromel. Il explique que, sa lance et son bouclier s'étant brisés, il a dû fuir devant ses ennemis. Malgré ses blessures, il a réussi à leur échapper. Sentant que ses forces sont revenues, il veut partir car sa présence attire les troubles. Mais Sieglinde lui demande de rester car elle est malheureuse dans son couple.
Hunding revient au logis et doit, selon la coutume, offrir l'hospitalité, repas et gîte, à l'étranger. Sieglinde, qui est de plus en plus attirée par ce visiteur qui lui ressemble étrangement, lui demande de raconter son histoire. Siegmund décrit son retour au domicile un jour avec son père et comment ils ont trouvé sa mère morte et sa sœur jumelle enlevée. Ils vécurent par la suite dans la forêt. Lors d'un combat difficile ils furent séparés et depuis Siegmund erre.
Sieglinde ayant demandé de connaitre sa dernière aventure, il explique qu'il est intervenu pour protéger une jeune femme que l'on forçait au mariage. Elle et ses proches ont été tués. Hunding annonce alors à son hôte qu'il appartient lui-même à la lignée qu'il a combattue : pour cette nuit, les lois de l'hospitalité sont sacrées, mais le lendemain sera dédié à la vengeance. Hunding ordonne à sa femme d'emplir la coupe du soir, puis le mari et la femme se retirent dans leur chambre de repos.
Siegmund se plaint de son infortune et se souvient de la promesse faite par son père de trouver une épée lorsque le péril serait imminent. Sieglinde revient. Elle explique qu'elle a mis un somnifère dans la boisson de Hunding et montre l'épée qu'un étranger a enfoncée dans le frêne le jour où elle a été mariée contre son gré. Ils se rendent compte qu'ils sont frère et sœur jumeaux. Siegmund retire alors l'épée de l'arbre et la baptise « Notung » (Détresse). Sieglinde se sent alors libre et s'offre comme amante.
Wotan et Brünnhilde discutant sur le destin de Siegmund, Arthur Rackham.
Impressionnant prélude où apparait pour la première fois aux cuivres le fameux motif de la Walkyrie.
Dans un site sauvage et montagneux, Wotan ordonne à sa Walkyrie préférée, Brünnhilde (douée d'une force démesurée par le port d'une ceinture magique) de seller son cheval, pour voler au secours de Siegmund dans sa lutte contre Hunding. En poussant des cris de joie, elle part exécuter l'ordre. De loin, elle avertit Wotan que Fricka approche sur son char attelé de deux béliers ; sa façon brutale de fouetter ses coursiers montre combien est grande la colère de la déesse protectrice du mariage. Arrivée devant Wotan, elle exige une punition contre ceux qui ont commis l'adultère et l'inceste. Elle sait que Wotan, déguisé en simple mortel, a engendré les deux amoureux. Wotan essaye d'expliquer à Fricka qu'il faut au salut des dieux un héros qui soit indépendant. Fricka le prend alors au mot et exige que Wotan n'intervienne pas. Il en fait le serment et change ses ordres.
Brünnhilde, voyant la détresse de Wotan, lui en demande les causes. Il explique que, troublé par l'avertissement d'Erda (à la fin de l'Or du Rhin) il a séduit la déesse de la mémoire de l'univers pour en apprendre plus sur la ruine prophétisée : Brünnhilde en était issu. Il avait engendré huit autres filles devenues les Walkyries qui recueillent les âmes des héros morts pour former une armée contre le nain besogneux Alberich. Mais toutes les précautions prises le seraient en vain, si Albérich parvenait à reconquérir l'Anneau. Sans doute, Fafner le garde avec les trésors mais Wotan ne peut lui enlever l'Anneau puisqu'il se trouve lié par un contrat. Seul pourrait le faire un personnage qui ne dépend d'aucune faction.
Après une longue marche, Siegmund veut que Sieglinde se repose. La femme est au désespoir : honte et ignominie sont les seuls biens qu'elle apportera à son frère, et contre Hunding, ses compagnons et sa meute, Siegmund ne pourra résister. Elle s'affaisse, défaillante, entre les bras de Siegmund. Tendrement, il la laisse glisser tout contre lui, de sorte que s'étant assis lui-même sur le rocher, la tête de Sieglinde se trouve reposer sur ses genoux.
Après un long silence, Brünnhilde conduisant son cheval par la bride s'avance, lente et solennelle. Elle s'arrête à une petite distance de Siegmund. Elle lui annonce une mort prochaine, mais console le héros, en lui disant qu'elle le conduira au Walhalla, où son père Wotan l'attend. Lorsque Siegmund apprend que Sieglinde ne pourra l'accompagner, il refuse de suivre Brünnhilde car il a toujours confiance en son épée. Mais la Walkyrie le prévient que Wotan a enlevé sa force magique à Notung. Aveuglé par son ressentiment, Siegmund maudit son père. Brünnhilde s'engage à prendre sous sa protection Sieglinde et l'enfant qui naîtra d'elle ; mais Siegmund déclare qu'il tuera son amante et se suicidera ensuite. La Walkyrie s'oppose à ce projet et, prise de pitié, affirme qu'elle aidera le héros.
Des sonneries de cors annoncent l'arrivée de Hunding. Avec douceur, Siegmund dépose sa femme, qui sommeille et se précipite à la rencontre de son ennemi. Dans son délire, elle se rappelle de son enlèvement, et appelle à l'aide son père, sa mère (qui était morte à cette occasion), et Siegmund. Un violent coup de tonnerre la réveille. Dans le lointain, son frère et Hunding se battent et elle entend la voix de Brünehilde qui encourage Siegmund. Les guerriers s'approchent de Sieglinde et lorsque Siegmund s'apprête à donner le coup fatal à Hunding, Wotan apparait soudain ; de sa lance, il brise Notung et Hunding peut ainsi tuer son adversaire. Aussitôt, Sieglinde est prise en croupe par Brünnhilde, qui ira mettre la femme en lieu sûr. Méprisant, Wotan ordonne à Hunding d'annoncer à Fricka qu'il a satisfait à ses exigences,et le tue. Aussitôt après, Wotan part à la poursuite de la Walkyrie désobéissante.
Dans une région sauvage et montagneuse, les Walkyries chevauchent tout en ramassant les corps des combattants défunts pour les mener au Walhalla. Brünnhilde arrive la dernière ; elle porte Sieglinde endormie. Hors d'haleine, elle raconte, angoissée, que Wotan la poursuit ; malgré la défense formelle de son père, elle a secouru et protégé Sieglinde. Elle supplie ses sœurs de l'aider à sauver Sieglinde, mais celles-ci refusent. Même la femme épuisée ne veut pas qu'on tente de la secourir : elle ne souhaite plus que la mort. Cependant lorsqu'on lui a affirmé qu'elle porte un fils, Sieglinde aussi implore secours et assistance. Brünnhilde lui donne Grane, son destrier, et lui ordonne de fuir vers l'Est ; là git le trésor de Nibelungen, sous la garde de Fafner où ils sont à l'abri du courroux de Wotan. Brünnhilde confie à Sieglinde les débris de Notung, en affirmant qu'un jour, le fils de Siegmund rassemblera les morceaux de l'arme et par elle triomphera. C'est pourquoi, il sera appelé « Siegfried », c'est-à-dire « Le joyeux vainqueur ». Sieglinde remercie sa bienfaitrice : « Sainte merveille ! Vierge sublime... Adieu, bénie... », et part en toute hâte. Déjà la voix de Wotan se fait entendre.
Brünnhilde se cache au milieu de ses sœurs, qui tentent en vain de calmer le courroux de leur père. Comme Wotan donne libre cours à sa colère, parce que sa fille préférée a désobéi, Brünnhilde s'avance et demande son châtiment. Wotan prononce la peine suivante : « Walkyrie, elle ne le sera plus, mais bannie du Walhalla, elle restera sur cette cime, où elle dormira sans défense, jusqu'à ce qu'un homme la réveille, qui sera le maitre auquel elle obéira. Malheur aux sœurs, si elles ne fuient pas la présence de Brünnhilde ! » Au comble de l'effroi, les autres Walkyries se sauvent.
Restée seule avec Wotan, Brünnhilde essaye de se défendre disant qu'en agissant ainsi, elle n'a eu comme but que de réaliser les desseins que le dieu suprême avait conçus avant l'intervention de Fricka. Wotan n'est-il pas devenu son propre adversaire en accomplissant les vœux de la Déesse ? Il avoue : Brünnhilde a agi selon ses désirs, mais l'acte était contraire aux intérêts des dieux. La Walkyrie révèle alors que Sieglinde est sauvée ; elle porte un fils qui un jour brandira l'épée de son père. Suppliante, elle ajoute : « Puisse Wotan accorder, que seul vienne réveiller Brünnhilde, un libre héros, qui ait la vaillance d'affronter le feu, que Wotan, vigilant gardien de sa fille, allumera en cercle autour d'elle ». Dans un tendre adieu, Wotan promet. Un baiser du dieu suprême prive la Walkyrie de ses dons divins. Elle se renverse les yeux clos, et tombe inerte dans ses bras. Il la porte avec tendresse jusqu'à un tertre de mousse, la contemple, ferme son heaume de guerrière et l'enveloppe de son grand bouclier. Il invoque alors Loge, le dieu du feu. Trois fois la lance de Wotan frappe le rocher : un flot de feu jaillit et s'enfle peu à peu. De sa lance, le dieu indique à la mer de flammes le pourtour de la crête rocheuse, lui marquant de la sorte le lit où elle doit rouler ; le feu entoure la cime de la montagne. Wotan termine en proférant la menace suivante :
« Qui de ma lance craint la pointe, n'aborde ce feu jamais. »
Le rideau tombe alors que le doux motif du sommeil de Brünnhilde s'éteint peu à peu à l'orchestre.